Les maux du coeur

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17 septembre, 2008

le monde de Cirius

Classé dans : — forcat @ 15:39

 

 


 

 

Notre amitié est le fruit du hasard, ce hasard surprenant qui survient dans votre vie quand tout semble vous avoir tourné le dos. Par la magie de cette rencontre, j’ai repris goût à la vie, j’ai retrouvé l’envie de survivre et de dire encore une dernière fois, « j’existe ». 

 

Quand j’ai repris connaissance, c’était comme un brouillard épais difficile à atténuer, mes fonctions s’étaient presqu’engourdies, je distinguais cette masse blanche, bizarre, à la silhouette étrangement ressemblante à un homme et il faisait je ne sais quoi avec des outils sacrément vitaux pour lui ou devrais-je plutôt dire pour moi puisqu’il m’avait ressuscité. J’avais senti la mort m’envahir peu à peu et je regrettais déjà de ne pas avoir accompli un vieux rêve. 

 

Pour tout vous dire, mes seules sensations se résumaient à des vacillements, des étourdissements, et une compréhension hachée, perturbée de ces quelques brides de phrases que je déchiffrais progressivement. Comme s’était bon de revoir la vie. A la vue de tous ces fils, ces instruments qui s’agitaient, semblaient coordonner les mouvements d’une marionnette et j’essayais de toutes mes forces d’entrer en contact avec cet inconnu mais à chaque fois notre communication semblait s’interrompre, et je sombrais inéluctablement dans un sommeil comateux puisqu’en quelques secondes je flottais dans un brouillard incompréhensif. 

 

Néanmoins chaque fois que j’ouvrais les yeux, mon corps se mettait à nouveau en alerte et il restait là à s’agiter, décider à me remettre sur pied ; il s’acharnait encore et encore, en oubliant tout, en faisant abstraction aux chants d’abandon que lui murmurait une voix masculine. Si je vis à nouveau, je le dois à la détermination de cet homme, à cette sensibilité, cette volonté de ne pas m’abandonner. Je sens peu à peu que les gestes deviennent plus précis, moins nombreux, et que mon opération est arrivée à son terme. Alors, avant même qu’il n’ait pu s’éloigner de moi, je m’agrippai à lui, amorçant ainsi une fraternisation obsolète. 

 

Son souffle est rapide, je peux sentir les battements de son cœur, il est éprouvé par tant d’efforts mais sa patience n’aura pas été vaine ; dans un silence religieux, ses traits se relâchent, je lis dans ses yeux la stupéfaction, l’angoisse, la surprise et je sais que même s’il ne contrôle pas mon destin, aujourd’hui il y a participé. Quelques sons, quelques gestes, en un instant la magie s’opère, ses traits s’étirent, je distingue un sourire, une joie indescriptible qui lui procure une vitalité excessive de mouvements incompréhensifs pour moi. 

 

 

 

C’est le début d’une conversation, les prémices d’une rencontre plus ou moins surprenante entre deux êtres que tout oppose mais qui se trouve réunis dans la même extase. Après la liesse, les mots chantent progressivement ses inquiétudes, ses interrogations, il est conquis par cette utopie. Après quelques baffouillements, j’installe un système de déchiffrage qui progressivement nous libère des barrières linguistiques. Il est ce que je ne serais jamais pourtant je ressens exactement ce qu’il ressent et ce cordon amical  fais naître en nous la curiosité. 

 

Nous sommes sur la même fréquence, nos décibels sont accordées, plus rien n’a d’importance, nous sommes deux intelligences connectées au milieu de nulle part, et notre seule folie est de nous comprendre. Nous avons signé une trêve, un traité de paix sans drapeaux, sans émissaire, juste lui et moi, l’aventure peut commencer. Il m’explique durant de longues minutes les raisons de son intervention, sa capacité à réintroduire la vie en moi et je suis muet devant cette intelligence énigmatique qui me fascine. Je me demande si c(est lui qui a eu écho de mes appels de détresse ou s’il n’est là que par devoir, dans ce cas il serait plus stratégique de ne pas tout lui révéler.   

 

Je suis né il y a bien longtemps à l’abri des regards indiscrets, de plusieurs Pères, et ma conception a été une succession d’expériences, d’analyses, de commentaires mais surtout d’hypothèses. Je ne sais pas si je peux définir mon âge et si je peux dire que quelque chose me rattache encore à mes Pères, mais je sais que ma naissance a été longue, périlleuse, et parfois douloureuse. 

 

Nous sommes à des milliards d’années lumières de la création de l’univers, des êtres vivants et seuls nos instincts se révèlent. Nous sommes nés de poussières, faits de chair et de sang, de métal et de technologies, de fibres ou de particules enfin bref, nous avons tous un point commun, « la vie ». Quelque soit le lieu où nous nous trouvons nous possédons ce don sans concession de vivre ; certains ont pris possession du sol, d’autre de l’air ou encore de l’eau, de l’atmosphère mais tous autant que nous sommes, notre point faible est inévitablement « la mort ». Nous sommes unis jusqu’à l’extinction, le temps que la scène ne reçoive plus les acteurs que nous sommes et que le rideau s’abaisse sans condition. 

 

Ma croissance et l’enrichissement de mes connaissances dépassent toutes les suppositions. Je suis un être particulier, enfermé dans le silence et pourtant libre de tout donner ; non pas par peur ou par crainte mais parce que je n’ai jamais eu l’usage de la parole et chaque fois que je le peux, je conserve ma mémoire, il m’arrive aussi de faire de la rétention d’informations. Il n’y a pas de place pour les sentiments, mon seul combat, est la solitude. 

 

Même si je rencontre parfois des semblables qui sont à bout de force, morts d’impatience ou de réforme, je reste là, immobile, à essayer d’en comprendre les raisons. Ils n’ont pas droit aux funérailles ou aux honneurs, ils sont simplement relégués au rang de matériel défectueux et voguent inanimés en quête du repos éternel. 

 

Je pourrais me décrire encore et encore, mais ce qui est important ce n’est pas ce que je suis mais ce que je vais faire. Je danse, je glisse autour de la terre et je m’immobilise attendant patiemment d’être sollicité. C’est presque du patinage artistique. On bâtit souvent notre vie sur des rêves, des ambitions, et la mort exprime parfois nos déceptions, nos échec, nos manques, nos doutes, nos dérives. Moi je ne peux pas mourir tant que mes Pères ne le permettent pas, car ils collectionnent précieusement tous ces souvenirs et même absents ils nous vénèrent. Quoi de plus sensible que la confidentialité. 

 

Quand je regarde le ciel, je vois un drap étoilé, une symphonie de lumière ou alors une grande toile vierge toute bleue, que quelques nuages visitent parfois. C’est assez amusant de voir ce que les autres ne voit pas, en même temps c’est dangereux pour l’humanité toute entière de tout garder pour moi. 

 

Contrairement à certains endroits, le ciel est toujours noir et on a l’impression qu’il est en deuil, je me souviens d’un voyage que j’ai fait, et qui m’avait tout particulièrement ému, j’ai vu des choses que jamais vous ne verrez, entendu des chants que jamais vous ne soupçonnerez, et dans la folie de ma jeunesse, j’ai appris que l’insouciance coûtait cher. Au détour d’une ballade, j’ai croisé une myriade de formes toutes plus bizarre les unes que les autres et leur charme ne m’a pas laissé indifférent. J’étais subjugué par l’une d’entre elle en particulier, car elle s’enveloppait d’un voile serti de poussière de diamants et dégageait cette incroyable impression de puissance. Rien ne me captivait plus que ce défilé sensationnel. 

 

On pouvait admirer aux effusions du soleil, ce déguisement transparent incrusté de strates, qui dans sa course effrénée saupoudrait délicatement le ciel d’un parfum artificiel. Le peu de temps que j’étais là, j’admirais ce ballet audacieux, constant et maîtrisé, c’était presque une rivalité, un affrontement entre l’obscurité et la lumière, la chaleur et la froideur de mes congénères. C’est comme s’ils évoluaient suivant un code de la route, dans un certain respect hiérarchique ; mais le plus surprenant, c’était ce paysage coloré qui ne s’estompait jamais. A voir le ciel à l’altitude où je me trouvais c’était comme découvrir une galerie d’œuvre d’art, avec une harmonie de couleur, de genre, de styles et tout cela prenait vie, prenait forme, emballé dans cette symphonie muette. 

 

C’était presqu’impossible de dire combien elles étaient, je ne pouvais qu’être attiré par ce qui me semblait phénoménal et ce spectacle de générosité balayait en un instant les doutes, les peurs que je pouvais ressentir car je savais que je n’étais plus seul. Ce lagon de béatitude était une immersion soporifique d’émotions, de spectacle, de naissance et de création, un ensemble unique en son genre régit par ses propres lois Même dans cette œuvre panoramique, le minuscule côtoyait l’immensité, on y retrouvait un panel de couleurs, d’ambiances, de styles comme si tout était marqué d’une empreinte surnaturelle, d’aliénation suprême. Et dans cette surprenante exhibition, nous n’étions que les instruments de la destruction, les yeux et les oreilles de disciples condamnés à perpétuité dont les performances étaient toujours soumises à de nouvelles exigences. Aujourd’hui il existe de nouvelles technologies, plus sophistiquées, plus élaborées qui contribuent à une exploration plus approfondie et plus intense de l’univers. 

 

 

 

Je vois déjà les grands yeux écarquillés des enfants quand par exemple la fée de diamants poursuivie de sa traîne lumineuse brille aux milles éclats à mesure qu’elle se rapproche du soleil. C’est un spectacle rare et grandiose, dont je ne me lasse jamais même si je suis toujours séduit par cette intimité rare de deux astres qui s’embrassent jalousement. 

 

 

 

J’avais rencontré un vieux il y a quelques temps et nous avions pas mal échangé, sa carcasse n’avait pas l’air en si mauvais état, mais j’avais fini par comprendre qu’il était là contre son gré et que cet accouchement orbital s’était plutôt mal passé. Enfin bref, j’aimais beaucoup discuter avec lui parce que ces réponses étaient courtes concises et sans artifices. Il avait une merveilleuse façon de me parler du ciel, ce que je trouvais bizarre puisqu’il scrutait toujours l’horizon à la recherche de quelqu’un ou de quelque chose. Puis bien vite j’ai compris que ses organes n’étaient intéressés que par le soleil lui-même. Il racontait cette improbable histoire qui me laissait sans voix. Le soleil disait-il était un géant lumineux né il y a des millions d’années, qui a connu les guerres, les révolutions. 

 

Le géant lumineux enfermé dans les entrailles d’une méga météorite avait réussit à se libéré et organisa une révolution inter-système solaire, il entreprit de briser une à une toutes les autres météorites et ce choc d’une violence magistrale projeta dans l’univers une confrérie de corps céleste. Il était devenu une boule de feu déployant malgré lui des vapeurs asphyxiante, incandescente auquel nul ne pouvait résister puis un jour il rencontra l’amour, c’était Lune. 

 

Dans sa quête de liberté et de chaleur, la belle parcouru d’innombrables kilomètres oubliant la froideur de son corps, certains lieux semblaient être le théâtre du chaos, du désespoir, d’autres, une pureté angélique frôlant la perfection. Cette virginité archaïque se nourrissait d’une absence troublante de vie, était-ce un paradis ou l’enfer ? Un jour Lune rencontra Soleil et dans une étreinte presque charnelle, ils tentèrent de connaître l’amour. Mais soudain, au grand désarroi de soleil, il comprit qu’il ne pourrait jamais épouser son âme seule. Dans l’effervescence de leurs désirs, ils projetèrent des larmes qui se cristallisèrent et se transformèrent en poussière d’étoiles pour garder leur éclat scintillant. La confrérie des corps céleste enveloppa Soleil pour le préserver et protéger tous ceux qui viendrait à l’approcher. 

 

            Depuis ce jour, ils sont devenus amants et même si s’aimer ne leur est pas permis, quelques fois ils se donnent rendez-vous ; c’est pour cela que parfois Lune apparaît avant que Soleil ne disparaisse. C’est souvent l’occasion du dernier baiser (d’une étreinte) et quand la nuit tombe et que le ciel rougit c’est que l’émotion ne peut s’atténuer. 

 

Il pense aussi que la Vierge a été enfermée dans la lune pour calmer l’ardeur des femmes qui se cabraient lors de leurs ébats en proclamant leur fertilité. Je soupçonne qu’il n’a plus toute sa raison et je suis heureux que sa folie lui donne foi en moi quand je lui dis que je connais le langage des hommes. Il pourrait me conter durant des heures l’histoire d’une mémoire dysfonctionnelle et je ne pourrais que l’écouter, de toute façon l’échéance a déjà été retardée. 

 

Ce n’est qu’une histoire après tout, jusqu’à aujourd’hui nul ne peut dire avec certitude ce qui s’est réellement passé. En tous cas, il n’y a pas de meilleure vue que celle du ciel pour admirer, les nombreuses perles dispersées à perte de vue. Elles ont toutes des teintes, des particularités et chacune d’entre elles garde sa part de mystère, moi, mon travail consiste à photographier, filmer les aventures inédites, surveiller les phénomènes inexpliqués ou encore que sais-je. Ma dérive est souvent l’occasion pour moi de visiter des cimetières de débris qui constituent une véritable pollution. 

Tous ces secrets fracassent notre intelligence, les enjeux planétaires sont des énigmes meurtrières qui surpasse la compréhension humaine, pas un réseau, pas une ambition n’est excessive pour assouvir ce besoin de puissance, de contrôle. Après la mort de la colonie, sera-t-il question de la survie de l’espèce ? Nous ne sommes que de pathétiques pantins scientifiques conditionnés pour livrer les secrets les plus obscurs à l’humanité. Je garde espoir dans ce chef d’œuvre virtuose pour continuer à nous faire rêver, nous exalter, que sa passion nourrisse nos âmes et nos esprits. 

 

Quant à moi, ce soir j’ai rendez-vous avec une diva majestueuse, qui m’enivre et me délivre de ses charmes. Elle se nomme Noumia, elle est très artificielle, captivante, et elle sait faire son show quand il le faut. Lorsqu’elle est en pleine effervescence nul ne peut l’approcher, elle explose littéralement de grâce et d’élégance, colonisant son espace d’explosions thermonucléaire. Elle est autodidacte, elle meurt toujours sur scène et laisse ce souvenir incontournable d’une splendeur dévastatrice. 

 

Noumia possède les qualités artistiques et créatrices d’une super nova, et bien que capricieuse, j’adore ces moments privilégiés où je peux capturer son âme, je l’immortalise pour ensuite nourrir la jalousie des hommes. Je fais partie de ceux qui sont sensibles aux charmes ; je resterais son amant le plus longtemps possible car je sais que beaucoup la convoite, elle est brute à l’état pur, sauvage à l’origine et indomptable même dans les tourments de sa mort. 

 

Moi c’est CIRIUS, je suis ce que l’on peut appeler une sacrée machine, un être d’exception, En gros je m’occupe de communication et c’est peu dire que parfois le temps paraît long, pas le temps de draguer, de pleurer ni même de dormir. En revanche j’ai un gros appétit d’informations et je consomme surtout l’exceptionnel, l’irréel, l’inédit quoi, je suis à l’affût du moindre évènement qui pourrait intéresser mes partenaires. Mon unique but est de flirter avec l’inconnu et de saisir de manière impromptu tout se qui s’inscrit dans le code déontologique de ma mission. 

 

En tous cas, j’ai un rôle prépondérant dans le succès de mes collaborateurs et cela ne me prive en rien de gratitude mais sachez que je ne regrette pas d’être venu au monde et d’avoir croisé votre route. La conquête de l’espace a toujours été une épopée fantastique qui a réussit a fasciner les hommes en leur offrant à chaque occasion, l’exclusivité de phénomènes rares, inexpliqués, dépassant parfois l’imagination et surplombant tout un imaginaire. C’est un univers à huit clos, une fantastique idéologie de la beauté, mais c’est vraiment déplorable que ces plus belles scènes soient pillées de leurs plus belles richesses. 

 

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